Aire de famille
(Vincent Labaume)
Tout juste diplômé de l'École supérieure d'art et de design de saint-Étienne, nicolas Momein
est déjà riche d'une expérience d'artisan tapissier et surtout d'une vision débridée de l'objet
d'art, ni tout attentat à la norme, ni tout article de pure forme, et il intente d'emblée à
sa jeune production excentrique un procès en signification interminable, proposant dans
cette nouvelle galerie, à qui l'on promet bien des choses, l'assemblage d'une famille d'objets
rares, qui tiennent autant de l'objet spécifique, hérité de Donald Judd, de l'objet en moins,
selon pistoletto, ou encore de l'objet de grève, façon Moulène. Mais n'accablons pas de
tuteurs ce jeune apprenti « dans le soleil » et laissons chanter ses pièces avec leurs voix
mi-crécelles, mi-couacs, leurs sons et matières crissant de mousse, papier mâché, blocs
de sel, acier, crin, fourrure… chacune est le fruit d'un geste simple : mouler, coller, carder, tailler, souder, stratifier, etc. Mais chaque geste porte en lui-même son dérapage, sa
dérive excessive, et au lieu, semble-t-il, de coopter sa matière élue à l'idée visée, aboutit
à une forme intermédiaire, piteuse et désœuvrée, au design flouté, anarchique, jubilatoire,
enfantin. ce sont autant de produits dérivés d'un inconscient affecté aux tâches fonctionnelles subalternes et s'attachant à mimer les choses courantes dans une étrange fabrique
de vanités contemporaines.
Vicent Labaume,
Dans Carnet d'art
Revue Tout Prévoir - février 2012 n°428
Nicolas Momein, Aire de Famille
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Des poils de monsieur tout le monde à ceux du mammouth il n'y a qu'un pas
(Gas Barthely)
Des poils de monsieur tout le monde à ceux du mammouth il n'y a qu'un pas.
Seulement un pas si l'on omet que l'homme, dans son humanité animalière, a toujours eu besoin de l'assise.
Et qu'est-ce que fait un artiste lorsqu'il sait faire des chaises ?
Je sais pas.
Des chaises carrées et poilues peut-être ?
J'en sais rien.
Mais Nicolas, lui, semble vouloir montrer l'envers du dedans d'une architecture mise au dehors.
Où l'investissement d'une vitrine se fait par opposition entre agressivité des textures olfactive et optique, avec les lissages du verre.
Et là, j'ai pas vraiment envie de me poiler.
C'est plutôt terne. et tant mieux.
Car quelque part, c'est un all over contraint derrière une vitrine.
Comme l'agencement d'une figure sur un espace lisse.
Où la matière à elle seule évoque un monstre.
Monstre Géométrique et architecturé.
Monstre tributaire d'un signe.
Monstre culturel donc.
Monstration qui déploie son sens sur trois temps de regard:
-Depuis la rue, de manière frontale.
-Depuis le couloir, comme un instant où la sculpture vous domine.
-Puis enfin, derrière cette sculpture-façade. Où le bâti s'admire comme un soulagement.
Comme le plaisir que l'on tire dans la compréhension de l'artifice.
Nous sommes donc face, dedans, ou derrière une sculpture qui agit entre le châssis, le revêtement, le décor ou le rebouchage.
Où la galerie, admise comme « magasin de trucs à voir », s'intègre à la sculpture pour questionner un peu plus encore la dimension symbolique du couloir, sans jamais s'anéantir dans le domaine du « freak-show »
De la rue à l'espace de l'art, se définit alors une haie de crin qui renverrait peut être au lieu de l'artisanat.
Celui d'une Alice au pays du travail.
Pour qui les espaces sociaux ne se définissent que par effets de matière.
Pour qui le mur des classes n'est qu'une affaire de dénomination et de valeur émises.
Où la dignité, y compris celle des matières, est une question d'échelle.
Derrière les vitrines, étrangement, c'est autant l'obscène que l'exposition.
Ou dans la contrainte du ring aux artistes, il s'expose aussi ce qui se cache.
Ou pas.
Il s'établit alors une curiosité pour tout ce que l'on omet.
Derrière les portes de la grande monstration : le bordel du labeur.
Du travail bien fait mais pour quoi ? Mal fait mais pour qui ? Vite fait mais pour quand ?
La sueur et les larmes se mêlent aux poils pour convoquer un peu plus un art in vivo.
Où le sexe et le travail font corps.
Du poil de monsieur tout le monde aux poils du mammouth il y a donc aussi une chaise.
Une chaise trashée jusqu'à la sculpture.
Un angle chaise…
… Si chaise cubique se peut.
Où le repos est à la verticale.
Où Nicolas Momein montre encore ce que l'on omet :
la gardienne et ses tonnes de livres lus.
Comme extirpation possible du désert qu'il y à voir.
Comme un amour carré qui s'afficherait sur le symbole du grand commerce.
Où l'équitable est un vain mot.
Ou l'équivalence d'une pratique artistique avec une technicité artisanale est bien souvent réduite à ces mêmes questions de noblesses et d'échelles.
Échelles d'un monde de l'art qui repose sur des parois blanches épaisses pour peintures fines.
Remparts symboliques d'un espace social clos et consanguin que Nicolas Momein incorpore dans sa propre sculpture- monde. Celle d'une Alice au pays des poilus.
Entre l'établi à Sigmund, le pastis a Marcel et l' coup de pinceau à Jasper Jhons.
Où l'art et l'artisanat oublient leur valeur-signe dans une grand porte ouverte commune.
Et toutes ces distinctions abjectes n'ont plus lieu aux vues d'un processus plus grand encore.
Parce que pour s'asseoir, il faut non seulement de bons accoudoirs visibles et rococo.
Mais il faut aussi du crin animal fraîchement abasourdi…
… Ou des poils de cul.
P.s : Hommage a la gardienne.
Gas Barthely,
Dans La rigueur n'est pas une valeur sûre.
Édition La cibelle, pp 345
Des poils de monsieur tout le monde à ceux du mammouth il n'y a qu'un pas.
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Galerie
Exposition personnelle
Janvier 2012Exposition 'Aire de famille", galerie White Projects, Paris
Expositions collectives
janvier 2012Musée de l'art extraterrestre
Décembre 2011Exposition de Noël organisée par le Magasin. Ancien musée de peinture Grenoble. Prix Edouard Barbe.
Novembre 2011Version des faits dans le cadre de Imergencia. Institut Français de Lisbonne
Juillet 2011Vue sur la mer. Place des volontaires à Genève.
Mai 2011Le Slurm. Initié par Christophe Kihm et Marc-Olivier Wahler. Institut curatorial de la Head Genève.
Mai 2011Flaubert's castle. HISK open studio Ghent.
Décembre 2010Biennale de Design Saint-Etienne
Juin 2010Ostensions - Travail de l'archive, archive du travail. Palais de l'Athénée Genève.
Juin 2010Tu vas l'aimer dans la rigueur n'est pas une valeur sûre. NSPP Galerie Saint-Etenne.
Prix
Prix Edouard Barbe, exposition de Noël, décembre 2011
Prix golden parachute juin 2011
Diplômes
DNAP Ecole supérieure d'art et de design de Saint-Etienne (avec félicitations)
DNSEP Ecole supérieure d'art et de design de Saint-Etienne (avec félicitations)